
Titre : Frankenweenie
Réalisateur : Tim Burton
Année : 2012
Avec : Charlie Tahan, Winona Ryder, Martin Landau, Catherine O'Hara
Genre : Fantastique, Comédie
Il y'a quasi 30 ans, un Tim Burton tout jeune tout pas connu voulait réaliser un long-métrage d'animation sur un chien ramené à la vie par un jeune garçon. A l'époque, les studios Disney pour qui il travaillait ne voulait pas lui laisser le budget nécessaire et Frankenweenie n'avait été qu'un court, avec de vrais acteurs dedans. Sauf que depuis, le petit Burton est devenu grand, son nom est associé à un phénomène de mode, rapporte des millions et a su imposer un style reconnaissable en quelques secondes, voire les yeux fermés. Et c'est finalement en 2012 qu'il sort sa version de Frankenweenie, telle qu'il aurait aimé la faire depuis des années.
Beaucoup de choses ont été dites sur Burton depuis une dizaine d'années. Bla-bla-bla, son univers serait devenu mièvre et stéréotypé. Bla-bla-bla, il n'aurait plus d'inspiration. Bla-bla-bla, les gens aiment tellement parler pour se rendre intéressant, à renier ce qu'hier encore les faisait grandir. Bah oui, en devenant adulte, on devient aussi con. Avec Frankenweenie, le génial réalisateur replonge en enfance (ce gosse un peu décalé, fan de cinéma et très attaché à son chien qui tire la même tronche que ce soit dans Vincent en 82 ou Les Noces Funèbres (il s'appelle déjà Victor) en 2005 ça pourrait très bien être lui) et renoue avec tout ce qu'on aime chez lui. A un bon coup de pied au cul des petites gens enfermées dans leurs préjugés idiots, s'ajoutent de bonnes doses d'humour macabre, de références multiples (entre auto-citations et hommages aux films d'horreur des années 30,40,50,60,80...amusez-vous à les compter, des monstres d'Universal aux Gremins en passant par les productions Hammer, voire un clin d'oeil au Frankenhooker de Frank Henenlotter!) et de poésie. Les images, magnifiques, sont sublimées par les musiques de Danny Elfman, qui retrouve enfin l'inspiration qui lui faisait peut-être défaut depuis quelques années. Le retour en arrière de Burton est d'autant plus marquant que le casting ne compte aucun des visages devenus familiers ses dernières années, mais renoue avec plusieurs acteurs ayant travaillé avec lui dans les années 80 et 90.
On pourrait légitimement craindre que la présence de Disney derrière Frankenweenie empêche Burton de s'exprimer, mais il semble tout à fait libre ici. Et sans ne jamais être trop effrayant pour les plus jeunes, le film n'en est pas pour autant niais. Burton sait que les enfants ne sont pas (tous) idiots, et n'hésite pas à parler de mort, de deuil et de différence comme il a toujours su le faire, par l'intermédiaire d'un joli conte. Evidemment, les dernières secondes du film peuvent paraitre contradictoires, alors qu'il est question d'accepter la mort comme partie intégrante de la vie, mais coller le cafard au public n'est pas le but de Frankenweenie non plus! Se démarquant souvent du court métrage, Frankenweenie version 2012 s'autorise même des délires épiques virant au film de monstres dans sa deuxième partie. Contrairement à beaucoup d'auteurs de films d'animation actuels, Burton a compris qu'en évitant de donner un ton trop contemporain à son film, que ce soit via des références pop trop nombreuses ou des expressions de personnages, il signait une oeuvre intemporelle qui restera aussi forte dans 10,15 ou 20ans.
A la fois nostalgique et drôle, Frankenweenie nous plonge dans son ambiance fantastique un peu retro et dans tout ce qui fait qu'on aime le cinéma de Tim Burton, ainsi que tout ce qu'il semble lui-même aimer. On n'est jamais dépayés, mais la sobriété, la justesse et la beauté du film en font une de ses meilleures oeuvres. L'univers est certes familier, mais il est si agréable de s'y replonger encore et encore. Oh, et même quand Christopher Lee ne participe pas au "tournage", Burton s'arrange pour quand même le faire figurer dans le film final!
Note Finale : 8,5/10