
Titre : Alice au Pays des Merveilles
Réalisateur : Tim Burton
Année : 2010
Avec : Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Mia Wasikowska, Anne Hathaway, Alan Rickman, Timothy Spall, Christopher Lee, etc...
Genre : Heroic-Fantasy burtonienne pour moins de 15ans.
Allez, en attendant la sortie de Dark Shadows, j'ai décidé de revenir un peu sur les précédents films de Burton. Je commence donc par Alice, comme ça c'est fait. Et pourtant, voir l'univers de Lewis Caroll s'associer à celui du réalisateur aurait du être un rêve. Peut être que c'était trop évident. Peut être que ce n'était qu'une commande opportuniste de Disney, conscient des modes, connaissant bien le public emo toujours en quête de produits dérivés pour se "démarquer" massivement...En tout cas, le résultat est là.
Pourtant, le tout début n'est pas si mal. On y voit la jeune Alice, se plaignant de faire le même rêve étrange, avec une chenille bleue dedans. Dommage que ça ne dure que deux minutes. D'un coup, Alice a des mitaines (toujours penser au public emo en manque de produits dérivés), boude parce qu'elle est avec sa mère et que les parents c'est vraiment trop des emmerdeurs (toujours penser au public emo..bref), tellement des emmerdeurs même qu'ils veulent la marier à un roux qui a des problèmes de digestion. Là, c'est un peu rigolo, voilà, y'a un roux, génial. Et puis hop-là, elle suit le lapin et débarque dans le Pays des Merveilles. Catastrophe. De la surenchère visuelle transpire un manque d'inspiration désarmant : même le thème de Danny Elfman n'est qu'un rechauffé de celui de Charlie et la Chocolaterie. L'arbre de Sleepy Hollow vient nous rappeller qu'on est chez Burton, qui aime toujours se citer lui-même (n'oubliez pas, toujours penser au public emo). Et puis Alice se retrouve embarquée dans une histoire linéaire au possible, allant d'un point A à un point B, évoluant dans un univers manichéen (ce qui est quand même honteux dans un Burton, encore plus adapté de Caroll), prise au piège dans une histoire de prophétie, d'élu et de dragon (de l'heroic-fantasy au Pays des Merveilles? wtf). Et puis comme on est chez Disney, y'a un gentil toutou qui veut retrouver ses enfants, le pauvre. Et Johnny Depp qui danse à la fin, pour ce qui a sûrement été le moment de cinéma le plus embarassant pour beaucoup de monde.
Parlons en de Depp, d'ailleurs. Allez. Parce qu'il est à la fois ce qui achève définitivement ce film et ce qui lui apporte une lueur d'espoir. Si il finit d'être insupportable avec son rôle de chapelier fou, à nous rejouer sa partition de mec excentrique bizarre pour la énième fois (indice : chapeau, regard vague, voix qui vire dans les aigus, gestuelle des bras, mouvements du bas du visage, pirate, dreadlock, chocolaterie, thriller, beat it, pédophi...oups!), il arrive à nous faire sentir en de très rares moments qu'il y'a peut être eu reflexion sur les personnages et leur histoire. Parfois, le Chapelier Fou s'emporte, sa voix devient plus grave, son regard plus sombre, et surtout, son langage s'emballe, rappellant les jeux sur la langue de Lewis Caroll. On devine quelque chose d'un peu plus sombre, une envie de coller à l'oeuvre qui ne reste hélas que superficielle. Pour le reste, on vomira juste la Reine Blanche, aussi insupportable par ses mimiques et ce qu'elle représente que visuellement hideuse. On se demandera comment quelqu'un a pu laisser passer un look pareil pour la Reine Rouge. Ah, et la pauvre Mia Wasikowska en Alice blasée et insipide a heureusement depuis eu l'occasion de prouver qu'elle était bonne actrice (Restless de Gus Van Sant, par exemple). Il n'y a que ce fichu matou, qui, à la limite, réussit à rester assez longtemps dans le flou pour être intéressant. Oh, et les têtes coupées qui flottent ou des arbres morts dans la brume, c'était une bonne piste.
Donc oui, Alice par Burton, c'est un rendez-vous raté. Ou plutôt, très décevant. Pensé pour la 3D, on se prend plein d'images numériques bariolées en pleine tête jusqu'à l'indigestion. Allez savoir si Burton a eu les mains nouées par Disney, si il a manqué d'inspiration, a juste été fainéant, ou, pour une fois, n'a pas su s'approprier un univers d'origine peut-être trop fou pour lui, mais il s'est planté. On aurait pu accepter Alice comme un très bon divertissement pour enfants, une aventure sympa et un film qui prend vachement moins les gosses pour des abrutis que Alvin et les Chipmunks ou l'Age de Glace 3 si il n'y avait pas eu cette fin. A son retour du Pays des Merveilles, Alice s'en prend à sa tante de manière assez virulente et méprisante, lui reprochant d'être trop dans la lune et en décalage par rapport à la réalité, puis, elle prend la bateau pour aller en Chine vendre des trucs. Ou comment Burton, en 40 secondes, ruine l'ensemble de son oeuvre. Oh, et y'a Avril Lavigne au générique. Saloperies d'emos, à détruire tout ce qui est cool, ils ont eu Burton.
Note Finale : 4,5/10. Si c'était pas Burton, et si c'était pas tiré de l'univers de Lewis Caroll, on tenait un divertissement grand public potable.