
Titre : Mamá
Réalisateur : Andres Muschietti
Année : 2013
Avec : Jessica Chastain, Nikolaj Coster-Waldau
Genre : Horreur, Fantastique
Pays d'Origine : Espagne, Canada
Durée : 1h40
Après avoir fait un carton aux Etats-Unis et raflé plusieurs prix au festival de Gerardmer, Mamá sort enfin en salles chez nous, pile à temps pour la fête des mères. Produit par Guillermo Del Toro, il s'agit du premier long de l'argentin Andres Muschietti (qui devient Andy au générique du film), d'après un court du même nom qu'il avait réalisé en 2008. Le court n'avait pas de scenario, il s'agit d'un plan séquence de trois minutes dans lequel deux gamines se retrouvent face à un fantôme, Mama, sans qu'on en sache beaucoup plus. Pour transformer ce petit essai technique en film de plus d'une heure et demi, il fallait inventer une histoire...
Et cette histoire, c'est celle de deux gamines abandonnées dans la forêt par leur père, puis recueilli cinq ans après par le jumeau du papa et sa copine, totalement opposée à l'idée d'avoir des gosses. Voilà pour éviter le cliché de la mère courage seule avec son marmot face à l'adversité. Et visiblement, les deux petites ont été protégées par une présence au cours de ces années, la fameuse Mama, et ne semblent pas prête à l'oublier. Et la Mama n'a pas très envie de laisser ses deux fifilles aller vivre tranquillement chez d'autres gens. Voilà pour le pitch. Le moins que l'on puisse dire de Mamá, c'est qu'il est beau. Des montagnes enneigées du début à la fin au bord de la falaise, le soin esthétique apporté au film est sa principale force, et l'on peut s'amuser à deviner l'empreinte de Del Toro derrière quelques détails, en bien comme en mal (le générique, les cheveux tentaculaires flottant du fantôme, les flash dans le noir qui rappellent entre autres Les Yeux de Julia etc...). Et avant de se demander si l'histoire tient ou non la route, on peut apprécier la présence de deux acteurs solides dans les rôles des parents : la "star" Jessica Chastain et l'excellent Nikolaj Coster-Waldau, révélé au grand public par Game of Thrones. Les gamines aussi sont convaincantes, notemment la plus jeune des deux avec ses aspects sauvages dont on ne sait pas trop si on doit en rire ou les craindre.
Concernant l'histoire en elle-même, on passe par les passages obligés apparemment inévitables, mais elle s'avère être bien plus intéressante qu'un simple prétexte, évitant autant que possible les maladresses énormes que l'on peut souvent déplorer dans ce genre de productions. Et de manière inattendue, c'est donc sur l'horreur que Mamá déçoit le plus. Un film de fantôme avec un fantôme raté, c'est quand même dommage. Avec le physique d'alien de Javier Botet, la Mama n'avait pas besoin d'autant d'effets numériques, ni de se faire greffer ce visage là, ni de d'avoir des yeux brillants dans le noir, ni de cheveux flottants, sa présence était finalement bien plus concrète et menaçante dans le court de Muschietti. Dommage. Et bien entendu, il faut se cogner un paquet de jumpscares et d'apparitions usées et usantes d'un fantôme désarticulé derrière les personnages avant de pouvoir apprécier les aspects fantastiques du film réellement. Et curieusement, c'est à partir de la scène refaisant le court-métrage que Mamá redevient intéressant, après un creux au cours duquel le film commençait à tirer trop en longueur. Ces scènes de sursauts sont d'autant plus regrettables que celles où la Mama n'est pas dans le cadre sont de vraies réussites (quand la petite dit qu'une femme est dehors sans toucher le sol au début, ou encore quand la plus jeune des deux soeurs joue avec et qu'elle est hors champ par exemple).
Et si la fin se lâche un peu, qu'on a même droit à des scènes assez jouissives, on aura du se cogner un développement un poil trop laborieux, où le très bon cotoie tous les clichés prévisibles du genre. Mais à la fin, Mamá se rattrappe en s'orientant vers le conte de fée, le vrai, où l'empreinte du type derrière Le Labyrinthe de Pan ou même Don't Be Afraid of the Dark (malgré les autres défauts du film) se fait sentir, et se fait pardonner ses défauts pourtant pénibles. Andres Muschietti va être un réalisateur à suivre, tiens.
Note finale : 7,5/10