Eklablog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

[Critique] Dark Shadows

dark shadows


Titre
: Dark Shadows

Réalisateur : Tim Burton
Année : 2012
Avec : Johnny Depp, Eva Green, Michelle Pfeiffer, Helena Bonham Carter, Chloe Moretz, Jackie Earle Haley 
Genre : Fantastique, Comédie, Romance


Dark Shadows inquiète, Dark Shadows déstabilise...Et il y'a de quoi. Il faut dire que la campagne promotionelle a été catastrophique : après un long silence, les vidéos se sont multipliées, nous infligeant un humour lourdingue laissant craindre le pire. Les affiches pimpantes évoquaient plus les couleurs bariolées de Charlie et la Chocolaterie que la noirceur de Sweeney Todd, qu'on attendait peut-être plus dans cette histoire de vampire. Il faut dire que pendant longtemps, on ne savait pas trop si l'adaptation de la série Dark Shadows serait un nouveau film d'épouvante, ou une comédie. Et après l'avoir vu, il est toujours aussi difficile d'y coller une étiquette.  

Tim Burton revient de loin. Après un Alice au Pays des Merveilles (critique [ici]) catastrophique dans lequel il bradait l'imagerie qu'on lui associe tout en reniant ce pourquoi on l'aimait lors d'une fin vomitive, le réalisateur devait nous rassurer. Et dès les premières minutes de Dark Shadows, on ne sait pas trop quoi en penser : si le prologue, sombre et gothique, nous rassure quelque peu, il manque quelque chose. C'est trop rapide, il manque peut être un générique travaillé accompagné de la musique de Danny Elfman pour nous plonger dans l'atmosphère du film, comme on a l'habitude d'en voir chez Burton. Et bien non, pas cette fois, comme une première marque de la volonté du réalisateur de ne pas reposer sur ses acquis, et de proposer autre chose que l'univers pré-conçu auquel il a été réduit par beaucoup depuis quelques temps. On peut oublier l'onirisme fantastique facile et les décors surchargés, faire une croix sur l'omni-présence de Danny Elfman dont les compositions sont bien plus discrètes que les tubes pop de l'époque (malgré un superbe thème principal évoquant à la fois Sleepy Hollow..et Sweeney Todd, qu'il n'a pourtant pas composé)...Mieux, Johnny Depp laisse ENFIN de coté son rôle d'excentrique déjanté qu'il nous fait subir depuis 10ans, mélange imbuvable et fatiguant de Jack Sparrow-Willy-Wonka-Chapelier Fou. Si Barnabas Collins reste à part, c'est un personnage mesuré, noble, distingué, un vampire raffiné, pas un ersatz de Michael Jackson. Son interprétation et son look renvoie d'ailleurs directement aux vampires classiques, ceux au teint pâle et aux cernes noires, avec de longs doigts griffus. Avec son look batcave, il évoque plus Nosferatu de Murnau que Pattinson dans Twilight, et tant mieux, le but ici n'est pas d'en faire un lover à deux balles pour pré-ados. Jusqu'à sa gestuelle reprenant celle de Bela Lugosi dans Dracula quand il hypnotise une de ses victimes (et hop, un clin d'oeil à Ed Wood par la même occasion) trahissent l'envie de Burton et Depp d'ancrer Dark Shadows dans un certain respect des classiques gothiques. Ce n'est pas pour rien si la romance entre Barnabas Collins et Victoria Winters est un copier/coller de celle entre Dracula et Mina.

shadows

Voilà pour les premières impressions, rassurantes et prometteuses. On peut regretter que les seconds rôles, à l'exception de la sorcière interprétée par Eva Green, soient si en retrait, comme négligés par le scenario de Seth Grahame-Smith, véritable point faible du film. Profiter d'un tel casting et si peu l'utiliser laisse forcément comme un arrière-goût de gâchis. L'ambiance kitch, limite ringarde de Dark Shadows laisse aussi rapidement perplexe. Difficile de savoir sur quel pied danser face à un film multipliant les tons, entre mélo familial, romance, fantastique, vengeance et humour à coté de la plaque (les gags poussifs de la bande-annonce sont heureseument presque tous expédiés en deux minutes). On est proche d'une Famille Addams détournée, avec ce lointain parent qui apparait, sans trop s'éloigner de Beetlejuice, en moins drôle. D'ailleurs, Tim Burton devrait réaliser dans les années à venir une version stop-motion des aventures de Mercredi, L'Oncle Fétide et les autres. Dark Shadows se déroule sous nos yeux sans qu'on ne se sente spécialement captivés, et pourtant, au fur et à mesure, un souffle épique se fait ressentir. Par petites touches d'abord, rappellant que l'on est chez Burton (les statuettes de loups qui hurlent que Barnabas sort de son caveau, par exemple), avant d'embrasser pleinement le fantastique dans sa dernière partie. Allant même jusqu'à l'horreur lors de l'affrontement final dans le manoir, impressionnant visuellement. Avant ça, on aura eu droit à un petit concert d'Alice Cooper, et tout un film dans un ton décalé difficile à saisir, assez peu accessible en fait, loin de caresser le public dans le sens du poil. Ceux qui attendaient de Burton un film facile vont être déçus. Dark Shadows est même le deuxième suicide commercial du réalisateur en 10ans, après le sublime et radical Sweeney Todd (critique [par là]), trop violent pour séduire les masses. Le retrouver libre fait plaisir à voir, et même si Dark Shadows est loin d'être un de ses meilleurs films, il retrouve au moins un ton personnel et décalé. Pas un décalage facile et convenu, un vrai décalage, une vraie marge semblable à celle qui avait valu à Mars Attacks! de faire un bide au box-office à l'époque. Mon vrai gros regret reste le meurtre hors-champ d'un groupe de hippie. Quand les hippies meurent, je veux les voir saigner.

depp


Au final, si on a parfois eu l'impression de voir le temps passer, et même si Dark Shadows n'est pas l'enchantement constant que l'on aurait aimé vivre, il reste un film original, différent de ce que Burton a fait par le passé malgré ses multiples clins d'oeil, et regorge quand même de belles idées (la sorcière façon poupée de porcelaine, le sang qui coule des tableaux, etc...). Facile de lui pardonner ses quelques maladresses et rares facilités (le coeur à la fin, mouais) tant il est agréable de retrouver un réalisateur préférant faire son film que celui qu'on aurait aimé voir. Et hop, un caméo de Christopher Lee de plus.

Note finale : 7,5/10 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article