
Titre : Chronicle
Réalisateur : Josh Trank
Année : 2012
Avec : Dane DeHaan, Alex Russel, Michael B. Jordan
Genre : Fantastique, Super-Héros, Fount Footage
Chronicle, c'est tout d'abord un gros buzz, provoqué par une solide campagne marketting : des mannequins télécommandés ont même survolé New York. On pouvait sinon craindre le pire : des ados qui font les kékés en méga teuf et se la jouent à voler partout en criant "wahou, youpie, trop d'la balle on vole!', le tout filmé à la première personne pour "faire vrai".
J'ai déjà du le répéter 666 fois, je déteste les films en found-footage. Il n'y a que les dernières minutes du premier [Rec] que j'ai trouvée intéressantes, le talent de Balagueró n'y étant pas étranger. Je ne comprends pas comment le choix d'une forme "pour faire vrai" quand il s'agit d'un film qu'on sait être fantastique peut se justifier, j'ai toujours été bien plus sensible à une mise en scène travaillée et une recherche esthétique qu'à des mouvements de caméras épileptiques insupportables et des images mal filmées. Dans Chronicle, le procédé se justifie d'une manière totalement vaseuse. Ici, point de journaliste TV ou d'images retrouvées pour x raisons, non, juste un souffre-douleur qui, du jour au lendemain, décide de "tout filmer". La première partie du film est d'ailleurs bien souvent horripilante : on y retrouve tous les stéréotypes de la vie d'un lycéen aux Etats-Unis, brillants de superficialités. Et ce n'est pas en faisant citer Schopenhauer à une tête de noeud (entendez par là le mec tout lisse, sûrement sportif, qui est super bien intégré mais fait son blasé) qu'elle va gagner en épaisseur. D'un coup, sans qu'on sache trop pourquoi, trois types (la victime du début, son cousin pseudo-philosophe et Mr. Popularité du bahut) se retrouvent avec le pouvoir de déplacer les objets et de voler. Et que font des ados quand ils découvrent qu'ils savent faire un truc cool? Ils hurlent, ils beuglent sur la camera qui filme en gros plan leur tête d'abruti bouche grande ouverte, prennent des postures ridicules et écoutent de la musique bidon très fort. Oui, c'est insupportable.
En fait, Chronicle reste insupportable du début à la fin. Physiquement insupportable. Cette mode détestable de faire un found-footage de tout et n'importe quoi vient tuer dans l'oeuf toute tentative de faire un bon film. Ici, le procédé ne sert même pas à masquer un faible budget : il y'a quand même de gros effets spéciaux. Il s'agit juste de créer un buzz, une simple démarche mercantile qui enlève d'emblée toute crédibilité à l'oeuvre. Et tant pis si le personnage d'Andrew est plus intéressant, et que ça ressemble fortement à Akira, on finit toujours par entendre des cris saturés, du vent saturé dans le micro, ou à voir des images trembler. Et subitement, Chronicle change radicalement de ton, sans que l'on s'y attende, le film devient noir. Très noir, même, et d'une manière plutôt inattendue. Un type qui sait faire bouger les objets à distance, qui devient super balaise et pète un cable en passant du coté obscur puis se retourne contre ses amis, ça vous rappelle personne? Tant mieux, parce que les trois films qui en parlaient sont à oublier. Et si l'histoire et les personnages gagnent en intérêt, que le sang se met à couler et que des idées sont bonnes, sur la forme, Chronicle reste pénible. Là où des plans auraient pu nous en mettre plein la vue, voire devenir iconique (les immeubles s'effondrant), on a juste une bouillie tapageuse. D'ailleurs, très souvent, le procédé est juste incohérent : d'où sortiraient tous les angles et toutes les caméras, surtout à la fin?
Bref, en dépit d'une bonne histoire, et d'une évolution inattendue bien plus sombre, Chronicle reste un produit reposant sur une promo orchestrée autour d'un procédé lourdingue. On peut avoir la meilleure histoire du monde, si c'est mal filmé et que le son est dégueulasse, ça ne sera qu'une bouillie indigeste et opportuniste de plus. Beaucoup de bruit pour rien, au final. Dommage, tant Chronicle est dans le fond bien plus intéressant que ce qu'on pouvait en attendre.
Note finale : 6/10