
Titre : Berberian Sound Studio
Réalisateur : Peter Strickland
Année : 2012
Avec : Toby Jones, Tonia Sotiropoulou, Cosimo Fusco, Antonio Mancino
Genre : Inclassable, mais on va dire Horreur
Pays d'Origine : Royaume Uni
Durée : 1h30
Après avoir été plutôt bien reçu en festivals à la fin de l'année dernière, Berberian Sound Studio a droit à une sortie en France. Sortie plutôt symbolique d'ailleurs, puisque seules six salles ont diffusées le film (à cette heure, il passe encore dans cinq d'entre elles, pour sa troisième semaine d'exploitation : autant dire qu'il faut se magner), et qu'il se trouve déjà en Blu-Ray et DVD en import. Mais tant mieux, profitons de son exploitation en salles!
Berberian Sound Studio, c'est l'histoire d'un ingénieur du son anglais, Gilderoy, qui se retrouve un peu paumé dans un studio italien, à devoir s'occuper de la post production d'un film d'horreur italien apparemment bien atroce. On est rapidement frappés par l'ambiance du film et ses partis-pris : ne jamais montrer le moindre meurtre, ne jamais montrer le film sur lequel travaille Gilderoy (à part un superbe générique au tout début, qui se mèle au film à la manière d'un vrai générique), ne jamais montrer d'extérieurs et de laisser un certain humour s'installer par touches discrètes. On admire le visuel du film, entre éclairage intimiste et inserts sur les machines de Gilderoy alors que des choux, courges et pastèques se font éclater par deux bruiteurs muets, Massimo et Massimo. Absurde et kafkaien, Berberian Sound Studio peut cependant nous destabiliser.
En effet, en raison de sa volonté de ne jamais montrer d'atrocités ni de réelles scènes d'horreur, Berberian Sound Studio peut perdre quelques spectateurs. Le film prend des airs de films d'initiés au fur et à mesure qu'il réutilise les codes du giallo : ainsi, Gilderoy se retrouve totalement perdus dans un pays qu'il ne connait pas, entouré d'italiens moustachus en costumes marrons, vantards, grandes gueule et pas forcément sérieux. Film sur "comment on fait un film", Berberian Sound Studio mélange réalité, rêves et film dans le film au fur et à mesure que Gilderoy perd pied, jusqu'à la dernière partie où il se retrouve doublé en italien (comme les films italiens de l'époque, doublés à la fois en italien et anglais avec parfois quelques erreurs). Cet aspect hermétique fait tout l'intérêt du film, mais le rend aussi quelque peu indigeste sur la durée, d'autant plus que la dernière partie n'est pas forcément réussie (dommage que le film n'ait pas de vraie fin).
Très intéressant, original et porté par un Toby Jones parfait pour le rôle, Berberian Sound Studio est une oeuvre à part sur les séries B italiennes des années 70, leur production, la sonorisation d'un film et l'enfer que ça peut-être pour quelqu'un d'étranger à ce milieu. Un peu comme le film quoi, qui à force d'enchainer les références et clins d'oeil ne pourra forcément pas parler à tout le monde.
Note finale : 8/10